PETIT-BARD: QUE CHERCHE-T-ON A RENOVER EXACTEMENT? Rien !

Publié le par Rachide

Petit_bard_008_1 Les cages d’escalier sont insalubres, les façades des immeubles tombent en décrépitude, les poubelles débordent, les murs sont noirs de souffre, également salis par les dérives du temps, les cafards ont élu domicile chez les habitants… qui rêverait d’une telle résidence ? Sûrement pas les locataires du Petit-Bard.

Pourtant, de moins pire en banal, vivre dans des conditions d’extrême précarité est leur lot quotidien. Ils vivent avec, « c’est pas bien grave finalement ! » lance un jeune de la cité, « l’important c’est la santé ! » Justement, quand la vie est en jeu et que des résidants meurent dans un incendie provoqué par des courts-circuits électriques, quelles sont les limites de la gravité ? Le cas du Petit-Bard est une affaire lourde, discriminée à l’instar de la Paillade qui a souvent subi des liftings à répétition (espaces verts, démolition de la tour du Grand Mail, tramway, rénovations, changement de nom : Mosson…) La Paillade devient l’arbre qui cache la forêt. Car derrière cette vitrine se dissimulent d’autres quartiers laissés à l’abandon tel que le Petit-Bard. « Il n’y a même pas un banc pour s’asseoir ! Si les mamans veulent sortir, prendre l’air dehors, elles ne peuvent même pas se poser quelque part ! De toute façon, il n’y a pas d’espace vert où se promener, comme ça c’est réglé ! » remarque Faysal, jeune homme consterné de la cité en question.

Autre point noir : les charges locatives. 8 millions d’euros de charges ont été récoltés, réclamés, autant dire volés au fil des ans par les différents syndics de copropriétés du Petit-Bard. Mais à quoi ont-ils servi ? Visiblement à rien, en tout cas, pas au profit des habitants. Tout est insalubre, pas un espace n’est viable, respirable, voire regardable. Dans la jolie fontaine de la place du marché, cannettes, bouteilles et autres détritus flottent paisiblement, certes, jetés par les habitants eux-mêmes. Un conteur électrique démuni de cache de sécurité se voit gisant au milieu de cette placette, et où « les gamins jouent à côté toute la journée ! » Les murs sont tagués et l’électricité ne fonctionne plus dans certaines cages d’escalier. « Imaginez une fille qui rentre chez elle le soir. Il n’y a pas de lumière dans l’immeuble, elle a peur ! Ma sœur, elle, ne veut plus sortir à la nuit tombée... » explique Rédouane, un jeune résidant.

Petit_bard_002_2 Enfin, l’Etat donne son accord pour la réhabilitation de ce quartier longtemps délaissé par la municipalité. Les habitants devraient se sentir rassurés, se réjouir des travaux qui seront entrepris pour faire peau neuve à la cité. Et pourtant, il subsiste encore une faille : la délocalisation. Seuls 18.000 euros d'indemnités ont été proposés aux habitants de la grande tour et autres bâtiments qui seront détruits lors de cette rénovation. « Qu’est-ce qu’on fait avec cette somme ? Rien ! On va devoir chercher des appartements F4 à 800 euros le loyer, on ne pourra plus vivre. Et avec 18.000 euros, on ne peut pas acheter un appartement non plus ailleurs ! On n’est pas dupe, on connaît les prix des logements sur ce marché en crise. On nous prend vraiment pour des cons ! » assure Rida, 20 ans. 18.000 euros, c’est véritablement mettre les gens à la rue. C’est le prix du silence, de la résignation. Comme si les habitants ne mesuraient plus la valeur de l’argent, confus entre l’euro, le franc et le dirham.

Mais hormis les problèmes d’architectures à bas prix, de matériaux dégradés, et donc de logements et de cadre de vie pernicieux, le problème des jeunes du Petit-Bard est l’emploi. Est-ce que vivre dans des « résidences » délabrées empêchent réellement les jeunes de travailler, de se donner les moyens de s’en sortir ? Pratiquement pas. Mais quand on est Maghrébin et que l’adresse indiquée sur un CV révèle la direction « Petit-Bard », « là s’arrête votre candidature ! Les gens ont peur de cette cité. Le simple nom du quartier met une barrière entre le postulant et l’employeur ! » Alors, de lettres de motivation en déceptions, la jeunesse, prise à la gorge par le découragement de voir plus loin et de s’intégrer socialement, se dirige vers le deal, le « business » et la délinquance. De fil en aiguille, les suivants n’essayent même plus, « quand on voit le résultat que ça donne chez les autres… Regardez ces jeunes-là, ils fument, ils traînent, ils sont morts de l’intérieur ! Ca donne de mauvais exemples à nos petits frères, qui eux-mêmes renverront cette image plus tard aux autres générations ! » indique un habitant de la cité, avant d’ajouter « On ne trouve pas d’emploi. Entre autres choses, le fait de sortir du Petit-Bard gâche notre crédibilité ! Et les médias n’y sont pas pour rien. Ils ont donné une image très négative de notre quartier. La Poste de notre secteur a été cambriolée il y a peu de temps. Et qui a été désigné coupable par la presse ? Les habitants du Petit-Bard ! Comme si on allait voler notre propre argent ! Car c’est bien notre argent qui est dans cette banque ! »  

Petit_bard_003 De problème démographique en problème social, est-ce que les projets de la rénovation tendront à adoucir les mœurs ? A en écouter le discours des habitants, le dilemme de la délocalisation qu’entraînent les futurs travaux met en péril le moral des résidants. Certains pensent ne plus répondre de leurs actes le jour échéant. « Si l’on me délocalise, on me fout à la porte ! Je serai prêt à pointer une arme au premier venu qui me sortira de chez moi ! » confesse Mohamed, 28ans, qui a toujours vécu au Petit-Bard. Mais qui sera le « premier venu » ? La Police : au front de tous les conflits sociaux pour exécuter les lubies et caprices politiques de nos dirigeants.

Mais de quoi « rêvent » précisément les habitants du Petit-Bard ? D’un espace de détente et de rencontres, de bancs « pour jouer de la guitare avec les gitans du quartier », d’une clôture de sécurité « comme dans les belles résidences ! » et pourquoi pas d’un parking en sous-sol « comme au Polygone, avec P1, P2, P3, P4… parce qu’ici on s’entretue pour avoir une place de parking ! » Mais également d’une peinture « bien refaite sur les façades. Parce qu’ils ont repeint le porche il y a quelques jours, mais sans avoir nettoyé le mur avant (il reste des traces noires visibles sous la peinture) et sans avoir décapé le crépis qui s’émiettait. Ca ressemble à rien. C’est mieux, mais repeint avec une telle mauvaise foi !.. » remarque Sofiane, un résidant du quartier.

Une meilleure image de leur cité et donc d’eux-mêmes, voilà en priorité ce que souhaitent les jeunes. Alors pour donner une réputation favorable au Petit-Bard, Hélène Mandroux qui a pris ce projet à bras le corps, a misé sur la « mixité sociale » Mais les habitants ne l’entendent pas de cette oreille. Sûrement les récents propos sarkoziens sur le « nettoyage au karscher » leurs résonnent encore comme un pitoyable son de cloche ! « Ils veulent virer tous les Arabes et les gitans, blanchir la population, et nous envoyer à Lunel, à Pérols, à Mauguio… ! » rétorque Rida.

Petit_bard_011 Alors, rénovation de l’urbanisme ou recyclage de la population ? Que cherche-t-on à rénover exactement ? Est-ce vraiment pour l’intérêt des habitants qu’aura lieu cette réhabilitation ? La moitié des immeubles (483 logements sur 812 au total) du Petit-Bard sera détruite puis reconstruite sur ses propres ruines. Mais à qui profiteront ces nouveaux bâtiments ? Quel sera le montant du loyer ? Celui-ci sera-t-il accessible aux habitants du Petit-Bard ? Autant de questions qui dérangent sérieusement la tranquillité des résidants actuels de la cité. Autant de zones d’ombre qui laissent croire à ces résidants qu’il s’agit-là d’une opération davantage politico-économique que socio-anthropologique.

Source : http://agora.blog.01net.com/

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